Le monument aux morts et la Voie Sacrée du quartier VIENOT.

 

 

 

 

Un article paru le 30 avril 1948 dans le numéro 13 du journal képi blanc relate la construction et l'inauguration de ce monument :

"Il n'est pas un légionnaire, pas un touriste de passage à Bel-Abbès, qui ne connaisse le monument aux morts qui, dressé à l'extrémité de la "voie sacrée", en est l'aboutissement logique.

Si l'initiative de ce monument revient au général ROLLET, la réalisation à M. POURQUET, statuaire de grand talent, et le financement à l'abandon par tous les légionnaires d'une journée de solde ainsi qu'à la générosité d'une souscription englobant les plus modestes oboles et les dons les plus généreux, son édification est essentiellement l'œuvre des légionnaires.

Les premiers travaux commencèrent en 1929 et c'est au lieutenant-colonel FOREY, alors retiré du service actif, que revient l'honneur de cimenter le premier bloc. Et peu à peu, pendant les semaines et les mois qui suivirent, le monument s'éleva et prit forme.

Il restait maintenant à poser les quatre statues de bronze et la sphère qui avaient été coulées à Paris et dont le transport par fer et par eau fut assez délicat, chaque statue pesant à elle seule 3 tonnes.

Un portique fut dressé et la mise en place exécutée en présence de M. Pourquet. On commença par la sphère et ce premier travail donna lieu à un incident tragi-comique. Afin de boulonner cette dernière qui est creuse sur le sommet de la stèle, on choisit un légionnaire petit et mince qui se laissa coiffer par le globe, en lui ménageant toutefois une étroite ouverture par laquelle il devait ensuite se glisser. Avait-on présumé de sa souplesse ? Toujours est-il que pendant une heure, l'emmuré vivant fit des efforts désespérés pour se tirer d'affaire et quand il y fut enfin parvenu, le commandant MAIRE qui assistait à l'opération lui tendit un billet de 100 francs en lui conseillant d'aller se rafraîchir car lui aussi avait eu chaud. Et le rescapé, sans demander son reste, de se précipiter au foyer.

La pose des statues s'effectua sans causer autant d'émotions et successivement, le légionnaire de Crimée, du Mexique et d'Italie, celui de 1831, celui de 14 - 18 et celui des guerres coloniales, prirent une faction éternelle. Notons en passant que ce dernier représente les traits d'un vieil officier de Légion à la réputation légendaire : le colonel BRUNDSAUX, celui-là même qui, père d'une fille de 18 ans, la faisait enfermer aux locaux disciplinaires quand sa conduite eu le don de lui déplaire.

Le 30 avril 1931

Journée grandiose et inoubliable pour la Légion qui terminait dans l'apothéose son premier siècle d'héroïsme et d'abnégation. Le monument aux morts avait été recouvert d'un immense drapeau tricolore et un soleil radieux illuminait brillamment la cour du quartier Viénot.

Derrière le gouverneur général CARDE, représentant le gouvernement français, et le maréchal FRANCHET D'ESPEREY, représentant M. MAGINOT, ministre de la guerre, pas moins de 17 généraux (dont le Prince de Monaco), des attachés militaires, les évêques d'Alger et d'Oran, des préfets, des maires, des magistrats,… et 27 délégations d'anciens légionnaires (dont Trench and Air, présidée par le colonel ROCKWELL et représentant les volontaires américains du R.M.L.E. et de la fameuse escadrille La Fayette), qui avait passé la mer pour être là.

Après cinq discours et un monceau de gerbes, le défilé des troupes devant le monument aux morts. Première manifestation d'un geste qui devait se répéter tant de fois dans l'avenir."

Quelques détails supplémentaires permettent de compléter ce texte et de l'adapter au cadre précis de ce chapitre sur les traditions.

Dans sa description du monument, l'auteur ne nous dit pas qu'il existait sur sa face arrière un tiroir à la poignée de bronze qui contenait les noms des 22000 légionnaires morts au champ d'honneur pendant ce siècle. Il ne nous dit pas non plus, car à l'époque elles n'existaient pas encore, que les chaînes qui entourent le monument ont été coulées en 1949 par la compagnie des pionniers du 1er Etranger avec le bronze des balles récupérées dans la butte de tir de Khamisis, enfin, l'inscription 1831 - 1981 fut rajoutée à l'occasion du 150ème anniversaire de la Légion.

 

Entre le portail d'entrée et le PC qui se trouvait en face, il y avait L'Allée du colonel. Après l'inauguration du monument aux morts, cette allée est rebaptisée La Voie Sacrée. Quelques années plutôt, la Voie Sacrée était le nom donné en 1916 à la route de Bar-le-Duc à Verdun par Rosne et Souilly. Seule voie de ravitaillement possible pour la place assiégée, les groupes de transport du train y véhiculèrent mensuellement 600000 tonnes de matériel et d'approvisionnement, 413000 hommes et 240000 blessés.

L'accès à cette Voie Sacrée a, depuis le début, été interdit en raison du soin dont elle était l'objet, des décorations florales qui la bordaient, évoluant au fil des années et au gré des colonels entre les massifs de rosiers, les pergolas ou les simples plates-bandes.

Lors des prises d'armes, ou des dépôts de gerbes, l'accès de la Voie Sacrée était réservé à la plus haute autorité présente de la Légion accompagnée des personnalités reçues, à l'exclusion de leur suite.

Le 30 avril, à titre exceptionnel, une partie de la prise d'armes, et le défilé se déroulent sur la Voie Sacrée, où les pionniers du 1er Etranger escortent le ou les porteurs de la main du capitaine Danjou.


Texte extrait du livre : Monsieur Légionnaire.

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